Menu

December 1, 2022

COP 27 : de l’action, encore l’action, toujours de l’action

Author

Hélène Lanier

Downloads
Share

Alors que les perspectives économiques mondiales 2023 sont peu optimistes et que les crises multiformes persistent, sur la question urgente du climat, que pouvons-nous retenir des différentes discussions tenues lors de la COP 27 - discussions poursuivies en ce moment-même à Montréal sur le pan de la biodiversité ? Je vous propose de revenir sur ce qui en est ressorti afin de mieux appréhender les enjeux, les rôles et implications des parties en présence et surtout, le cap que nous devons tenir pour voir les changements tant attendus.

 

“Je forme le vœu, en cette fin d’année, que la coopération entre les spécialistes du sujet permettra de conclure la COP 28 par des accords ambitieux et concrets.”

 

WTF: Where’s The Finance? (Où est la Finance ?)

Si la mise en scène d’un dinosaure dénonçant la 6e extinction de masse a rappelé de façon vibrante le lien entre les négociations sur le climat et la biodiversité, nous avons été encore plus marqués chez 2°Investing Initiative (2DII) par ces badges que certains délégués ont arborés fièrement, laissant leurs interlocuteurs sans voix lorsqu’ils pouvaient distinguer le message « WTF ? ». Aucune infraction pour autant au règlement intérieur (strict) régissant les événements organisés par les Nations Unies, puisque cela signifie « Where’s the Finance ?». Et si beaucoup ont retenu cette anecdote, c’est certainement que ça n’en est pas une !

Le rôle du système financier a en effet été une nouvelle fois central dans les négociations, dont se sont fait l’écho les très nombreuses conférences qui se sont tenues en marge des discussions officielles. Le mercredi 9 novembre, déclaré Finance Day dans l’agenda, a fortement marqué les esprits par les diverses initiatives qui ont été annoncées (en cela, rien d’inhabituel par rapport aux autres années), mais surtout par les attentes de l’ensemble des secteurs économiques et des Etats sur un changement radical et profond des pratiques financières. Les déclarations sans effet n’ont plus leur place, le greenwashing n’est plus toléré (en particulier par les plus jeunes, qui se font toujours plus entendre sur le sujet), et les institutions financières, publiques et privées, doivent transformer les engagements en action, en passant notamment de l’alignement à l’impact. Ces quelques lignes peuvent résumer les principaux messages de l’événement que 2DII a co-organisé avec Finance for Tomorrow au pavillon France. 

Plus généralement, ce que nous retirons de cette semaine dense en échanges et en rencontres, peut être synthétisé sous l’acronyme “AAA”. Rien à voir avec les standards d’organisation parfois qualifiés de défaillants concernant la nourriture et les services divers, notre triple A décrit une COP Africaine, centrée sur l’Adaptation et demandant le passage à l’Action

 

Une COP en Afrique, pour l’Afrique… mais pas seulement !

L’Egypte a mis l’Afrique au centre de l’attention. Le pavillon africain, situé tout à côté de celui du pays organisateur, a fait le plein à chacun de ses événements. Et ce sont plus généralement les pays en développement qui ont, pour la première fois, attiré l’attention sur leurs problématiques spécifiques. Le financement du mécanisme de « loss and damage » a largement accaparé l’attention des medias. Cependant, il ne doit pas faire oublier les réflexions autour du lien entre dette financière et dette climatique de ces pays, pénalisés par ailleurs, de façon concomitante, par les conséquences du changement climatique et le poids financier de la dette souveraine et privée. A cette situation s’ajoutent les défis déjà connus : problèmes sociaux, de santé ou d’éducation. Ceci est tout à fait en ligne avec les recherches récemment lancés par 2DII sur le mécanisme de debt for adaptation

 

Adaptation, atténuation, résilience

Depuis longtemps au centre des négociations, le financement de l’atténuation du réchauffement climatique a partagé la vedette, cette année, avec le financement de l’adaptation aux conséquences du changement climatique. Beaucoup de conférences ont rappelé, lors de cette édition, les retards en matière de financement de l’adaptation, en particulier dans les pays les plus pauvres. Chez 2DII, nous avons la conviction que les acteurs financiers dans leur ensemble, et notamment les banques de développement, doivent être en mesure d’augmenter le financement de l’ensemble de la chaîne allant de l’atténuation à la résilience. L’adaptation est un axe de recherche central pour 2DII pour les années à venir, en lien notamment avec une meilleure mesure du risque physique, mais aussi par des travaux sur le rôle des compagnies d’assurance dans ce domaine. Rien n’oppose par principe les réflexions sur l’atténuation, l’adaptation et la résilience, il s’agit de thématiques complémentaires qui méritent une attention égale.  

 

“From billions to trillions”, un appel à passer à l’action

2DII’s side-event in partnership in Finance For Tomorrow.

La zone bleue de Charm El Cheikh a résonné de l’appel de passage à l’action (« walk the talk ») de la part de multiples délégations. Transformer les engagements en actions devient de plus en plus urgent au regard de la multiplication des événements extrêmes dans une temporalité bien plus courte que prévue. Pour le secteur financier, cela signifie concrètement qu’il faut un changement profond de l’ensemble des acteurs (investisseurs publics, institutions financières et épargnants individuels), sur l’ensemble des activités (banque, assurance et marchés financiers) de façon systématique, c’est-à-dire en massifiant l’offre au lieu de créer des marchés de niche. La stabilité financière, la responsabilité des institutions financières et le financement d’une transition juste et ordonnée doivent servir de boussole aux différentes parties prenantes et seront au cœur des travaux de recherche de 2DII dans les prochaines années. 

 

Il est d’usage de dire que notre esprit joue comme un prisme déformant en nous laissant croire que les sujets que nous connaissons le mieux sont aussi ceux qui sont les plus importants. Cette COP me laisse pourtant le sentiment que dans le cas de la finance responsable, il ne s’agit pas d’une simple croyance et je forme le vœu, en cette fin d’année, que la coopération entre les spécialistes du sujet permettra de conclure la COP 28 par des accords ambitieux et concrets. Chaque degré compte, chaque COP compte.

#eachCOPmatters

Author

Hélène Lanier

Downloads
Share